L’introduction par Cécile Couraud de son documentaire de 64 minutes :
« UNE CAMERA DANS LES ANNALES DE L’ÊTRE Tout le monde va aux toilettes mais … motus et bouche cousue. L’un des derniers grands tabous de notre époque. Bien qu’universel et quotidien, le rapport à la chose est rarement simple. Pour des raisons de bienséance, nous allons parfois jusqu’à mettre notre santé en danger. Interdit social et transit : les conséquences des non-dits sur le fondement de l’être. Sur quoi tirons-nous la chasse ? Le tabou de la honte ? Au travers de ce voyage au pays de l’analité, la caméra tente ici une nouvelle rencontre avec notre humanité. cecilecouraud.com/tabouentransit.php »
Un tabou dans la tête et dans le corps

[1] Le documentaire de Cécile Couraud, en libre accès sur youtube, est un rare travail de réflexion sur notre rapport à la défécation. La question que se pose la réalisatrice est « Comment peut-on s’aimer entièrement si l’on considère certaines parties de notre corps comme sales et honteuses ? ». Ces réflexions, d’ordres socio-psycho-philosophiques, posent les freins et aident à chercher les leviers pour un changement des systèmes d’assainissements vers des options plus écologiques et humaines.
Le sujet du caca fait appel à la psychologie individuelle et collective, les normes et les tabous qui règnent sur notre physiologie ! Car aller aux toilettes n’est pas qu’un acte mécanique. Au fil du documentaire, nous comprenons que l’acte de déféquer est associé à la honte, à la peur de l’impudeur, à des notions de souillure et d’odeur. Mais, comme le précise l’écrivain Philippe Laporte, le tabou est commun à toutes les cultures, et il y a une base biologique, innée, à ce rapport au corps et à la saleté. Le témoignage d’une sage-femme, à 53min10s, est édifiant. Beaucoup de futures mamans témoignent de la peur de faire des selles devant quelqu’un d’autre. Certaines mères peuvent même retenir, jusqu’à empêcher le bébé de sortir : parfois la peur d’aller à la selle devant autrui prime sur l’appréhension d’accoucher ou d’avoir mal. Le tabou est viscéralement ancré en nous !
D’ailleurs le thème du genre, dans le rapport à la défécation et aux toilettes en général, est relevé par quelques femmes lorsque la réalisatrice interroge des passant-e-s sur leurs pratiques (11min36s) et leurs blocages. Cette réponse mémorable, à la question du « Pourquoi ? », éclaire le propos : « Parce que les princesses ne font pas caca. » Les hommes et les femmes auraient-ils donc des rapports différents au caca, par les attributs que leur donne la société ? Et oui, la femme est pure, belle, elle sent bon…réfléchissons-y !
Le tabou est aussi dangereux pour la santé, et le témoignage du proctologue Jean-Luc Saint-Martin nous ouvre les yeux. Vous en saurez plus en regardant le documentaire ! ;)
L’assainissement

[2]
Un autre thème abordé par Cécile Couraud est l’utilisation et le choix des toilettes elles-mêmes. Le prestataire de toilettes chimiques explique, à l’amorce du film, que personne ne veut s’occuper de la merde des autres. Cette profession n’est pas valorisée, alors qu’elle est nécessaire dans tous les sens du terme. C’est grâce au reportage sur Les Gandousiers (dès 33min25s), loueurs de toilettes sèches écologiques et membres du RAE, que le spectateur est amené à remettre en question le cheminement et le devenir de ses excrétas. La chasse d’eau est apparentée à l’hygiène, car on fait disparaitre nos excrétas… et on n’y pense plus. Alors qu’en réalité elles disparaissent de notre vue pour se convertir en
Philippe Garin-Michaud explique ce qui l’a mené à s’engager dans l’assainissement écologique. Il a participé à l’installation de toilettes sèches lors d’une manifestation, suite à l’explosion de l’usine AZF à Toulouse [3] dans le but de montrer que l’ammonitrate, engrais agricole ici d’origine chimique et à l’origine de l’explosion, peut être produit de manière naturelle avec de l’urine et de la paille. Plus tard, lorsqu’il est confronté à des toilettes à eau immaculées, c’est le déclic :« Tout d’un coup j’ai eu ce rapport, à me dire, « mais je vais chier dans l’eau potable ». »
Son raisonnement à 36min36s fait écho aux objectifs de Terr’Eau,
« En fait on se nettoie, et ce qui reste ça a une valeur pour la terre. C’est-à-dire que l’on a besoin de la sortir de nous, de notre corps, parce qu’on n’en a pas besoin, et la terre en a besoin. Donc voilà, on met dans la terre, ça fait pousser des plantes, puis on bouffe la plante, voilà, et on refait une merde. Et si on ne l’accepte pas, ça… Alors le problème c’est que maintenant nous on tire la chasse, on met dans l’eau, on nettoie l’eau après, en plus on ne nettoie pas tout parce qu’il y a pleins de micro-organismes qui passent quand même dans les stations d’épuration. Les poissons ils n’en peuvent plus, ça fait des poissons qui ont des hormones que de femelles, il y a des algues qui poussent qui bouffent l’oxygène des poissons. Enfin bon, c’est n’importe quoi de chier dans l’eau. » [Pour approfondir, un court film "Une vérité qui ne devrait pas déranger" et un article]
Pour finir… Une petite citation de la psychothérapeute Myriam Goffard, interviewée à 55min10s : « C’est vrai que c’est très difficile de se faire entendre du politique, sauf que moi ma définition du politique c’est celui qui est responsable du meilleur usage de la merde possible. Parce que je pense que gérer une population, c’est gérer ce rapport-là. »
Nous partageons ce point de vue. Au-delà du tabou, c’est à nous tous-tes d’interpeler et de sensibiliser la politique au sujet de l’assainissement écologique. Peut-être avez-vous trouvé votre vocation ?
Partagez ce lumineux documentaire avec les personnes autour de vous et engagez la conversation !