L’assainissement écologique

L’idée de valoriser les nutriments présents dans les excrétas humains n’est pas nouvelle, on a vu qu’en France au XIXe siècle les vidanges de toilettes étaient très prisées (cf. article sur l’invention des déchets).

Ailleurs dans le monde, d’autres techniques se sont développées. Ainsi, les chinois, coréens et japonais ont valorisé leurs excrétas pour l’agriculture pendant près de 4000 ans avec des villes et des densités de population de tailles comparables aux villes occidentales. Fèces et urines étaient recueillies, puis mélangés avec d’autres matières organiques, compostées, puis épandues sur les champs. (cf. article sur l’usage des excrétas humains dans l’agriculture chinoise). Ces techniques anciennes n’étaient toutefois pas abouties et ont contribué à la propagation de certaines infections.

L’assainissement écologique s’est développé au XXe siècle de diverses manières et en divers lieux. Dés 1939, le suédois Rikard Lindström développe un prototype de toilettes à compost, breveté plus tard en 1962 et commercialisé depuis 1973 par Clivus Multrum Incorporated. Aux États-Unis, dans les années 1970 paraissent plusieurs ouvrages traitant des toilettes sèches [1] qui présentent les différentes techniques développées, auto-construites ou manufacturées généralement à compost ou à séparation d’urine. Ces démarches restent encore assez empiriques.

Dans les années 1980, Joseph Orszagh, ingénieur en électromécanique et docteur en chimie étudie l’effet de l’ajout de litière carbonée dans un type de toilettes à compost qu’il nommera Toilettes à Litière Bio-maîtrisée et popularisera en Belgique et en France notamment. En 1994, l’américain Joseph Jenkins popularise lui-aussi les toilettes à litière biomaîtrisée sous le nom de « Sawdust toilets » puis de « Humanure toilets ». A la même époque, des chercheurs suédois développent les toilettes à séparation d’urine à la source et forment le pôle de recherche EcoSanRes.

Plutôt qu’essayer de valoriser des boues de vidanges en dépensant de l’énergie à les dessécher et en perdant de leur valeur nutritive, l’assainissement écologique propose une valorisation à sec des excrétas humains. Cela implique une gestion dissociée des eaux grises ou ménagères (eaux de cuisine, de lavage et d’hygiène corporelle) et des excréments qui seront donc collectés, hygiénisés et valorisés grâce aux toilettes sèches.

On peut définir l’assainissement écologique comme une approche globale qui vise à replacer l’homme dans son écosystème, supprimer les pollutions des milieux aquatiques, traiter les urines et les matières fécales comme des ressources à valoriser pour la fertilisation des sols. Ces systèmes d’assainissement écologique préviennent des maladies, protègent l’eau, recyclent les nutriments, sont accessibles financièrement, adaptés au contexte culturel et social, simples, robustes et d’entretien facile.

Notes :

[1On peut citer notamment Carol Hupping Stoner, Goodbye to the flush toilet, 1977 et Sim Van Der Ryn, The toilet papers, 1978